Aller au contenu

LE SPORT EN ISRAEL – hampions League : Beersheva se qualifie dans la douleur (info # 010208/17) [Sport]

Champions League : Beersheva se qualifie dans la douleur (info # 010208/17) [Sport]

Par Ilan Tsadik © Metula News Agency

 

Ludogorets 3 – Hapoël Beersheva 1

Pour la première fois dans ma carrière de journaliste, je ne sais pas comment vous raconter la rencontre qui s’est déroulée ce soir à Razgrad, une petite ville de 35 000 habitants perdue au fin fond d’une immense forêt au nord-ouest de la Bulgarie. Une cité qui est surtout connue pour servir de fief à l’équipe de Ludogorets, qui tire d’ailleurs son nom de la région de Ludogorie qui signifie en bulgare « la région des vastes forêts ». Là s’arrêtent mes connaissances dans la langue de Sylvie Vartan, mais ce soir, j’ai failli perdre également mon hébreu et mon français.

 

Ludogorets est la danseuse du milliardaire Kiril Domuschiev, qui parle parfaitement français pour avoir fait ses études secondaires au Lycée français de Sofia. Muni d’un carnet de chèques bien fourni, il s’est offert dix excellents joueurs au Brésil, ce qui lui permet de dominer le championnat bulgare depuis six saisons et d’avoir atteint la prestigieuse phase des groupes de la Ligue des Champions à deux reprises ces trois dernières années, allant jusqu’à partager l’enjeu avec le PSG au Parc des Princes en décembre dernier.

 

Mais trêve de préliminaires : Hapoël Beersheva posait le pied dans l’étrange stade de Razgrad avec un avantage conséquent de deux buts à zéro, acquis lors du match aller, la semaine dernière, dans la capitale du désert du Néguev. Stade étrange, dis-je, car la tribune principale – la seule que nous avons vue à la télévision – était absolument vide. On nous a dit qu’elle était en réfection, mais cela ne se voyait pas du tout sur les images. Renseignements pris, il y avait, nous rapporte-t-on, 6 500 spectateurs dans cette petite arène, mais nous n’en avons pas vu un seul. D’autre part, le cadrage du match était médiocre, les caméras ayant été placées beaucoup trop bas pour nous permettre de suivre correctement le spectacle. Nous avions presque le point de vue des joueurs, ce qui nous a souvent obligés à imaginer les phases de jeu plus que de les voir.

 

L’essentiel ? Beersheva s’est qualifié pour les play-offs de la plus importante compétition européenne. S’il continue d’avoir la chance insolente qu’il a connue ce soir, en tombant au tirage au sort de vendredi sur une formation à sa portée, il pourrait se qualifier pour la phase des groupes de la Champions League pour la première fois de son histoire. Mais même s’il perdait au terme des deux rencontres (aller-retour) qui l’attendent, les Chameaux seraient tout de même automatiquement qualifiés pour la phase des groupes de l’Europa League (l’antichambre de la gloire), ce qui serait déjà très gratifiant à tous les points de vue.

 

beerludo.jpg

Les Chameaux se congratulent devant le gardien des Aigles

 

Au-delà de l’essentiel ? Hapoël a assurément tout tenté pour se faire éliminer en Ludogorie. Absolument tous les joueurs israéliens étaient loin de leurs godillots, et je n’ai pas même une exception à vous citer. Même les artistes que sont Nwakaeme et Mélikson, qui avaient brillé de mille feux au stade Turner mercredi dernier, avaient oublié leur football dans l’avion. L’entraîneur Barak Bakhar, qui avait surpris les Bulgaro-brésiliens à l’aller, avait lui aussi complètement raté la préparation de son équipe pour cette rencontre à vingt millions d’euros. Ce coup-ci, c’est son homologue Georgi Dermendzhiev qui lui a fait la leçon, en laissant venir les Chameaux afin qu’ils dégarnissent leurs arrières, pour leur frapper la bosse de façon cinglante sur les contre-attaques. C’était le match de la semaine dernière mais à l’envers.

 

Rien ne saurait mieux résumer la drôle de rencontre de ce soir qu’en mentionnant que c’est le moins bon des joueurs de Beersheva – et la concurrence pour ce titre était rude -, qui a marqué le but qui a finalement qualifié son club. A la 61ème minute, en effet, alors que Ludogorets menait par trois buts à zéro et était alors virtuellement qualifié, et qu’il affichait, de plus, une totale emprise sur les opérations, Mohammad Ghadir loupait une nouvelle fois un tir ; mais celui-ci était miraculeusement dévié par la chaussure du défenseur local Cosmin Motsi, pour venir imparablement lober le portier Jorge Braun médusé.

 

Braun ne pensait plus que cela pouvait arriver, car Ghadir s’était déjà présenté à trois reprises seul face à lui en échouant chaque fois lamentablement. C’est une autre bizarrerie de ce match : bien que transparents dans tous les compartiments du jeu, les footballeurs du Néguev se sont ménagés autant d’occasion de buts que leurs adversaires, et même carrément plus nettes.

 

Ce soir cela ne faisait aucun doute, le fatum était du côté du club de l’Ouvrier (Hapoël) de Beersheva, qui ne le méritait pas à en juger sur cette seule rencontre. Mais le maillot des Chameaux est rouge, et il arbore toujours – réminiscence d’un passé pionnier et socialiste – la faucille et le marteau ; peut-être que les hôtes qui ont beaucoup souffert de la longue domination soviétique ont cru que les Soviets étaient revenus et qu’ils ont pris peur ?

 

Toujours est-il qu’à la 85ème minute, alors que les Bulgaro-brésiliens pressaient tant et plus et se trouvaient proches d’inscrire le but qui nous aurait renvoyés dans nos dunes les mains vides, le défenseur des désertiques, Ben Bitton, adressait un bon centre depuis la droite, que l’arrière roumain des forestiers – quel contraste ! – était forcé d’arrêter avec la main dans sa surface de réparation. Bitton n’avait rien vu, les téléspectateurs de On nage dans le Yaourt-Sport TV non plus, évidemment, mais l’arbitre hollandais (même si son patronyme n’a rien de batave), M. Serdar Gözübüyük, si.

 

Pénalty. Inespéré ! Le supposé Monsieur Sérénité de Beersheva, John Ogu, qui n’était pas censé se charger des coups de pieds au but et qui n’en avait jamais tirés auparavant, décida, dans la chienlit qui régnait chez le Beershéviens, de se muer en exécuteur des hautes œuvres. A 3-2 à cinq minutes de la fin, la cause aurait été entendue, puisque les locaux auraient dû marquer à deux reprises pour se qualifier, et on aurait évité 2365 crises cardiaques causées par cette partie au suspens parfaitement insupportable dans les rangs des supporters israéliens.

 

Et bin naan… Ogu, qui a semblé toute la soirée avoir soixante-dix ans, tant il se déplaçait péniblement, a inscrit un essai de rugby, en envoyant le ballon jusqu’à Sofia, mais pas un but de football. Si son équipe avait été éliminée, c’en aurait été impardonnable et je n’aurais pas eu le verbe à plaisanter.

 

Et puis alors ensuite, dans les arrêts de jeu, le compatriote nigérian d’Ogu à Hapoël, Anthony Nwakaeme, éliminant le dernier défenseur comme s’il n’existait pas, seul à son tour devant Jorge Braun, ajustait le poteau de sa cage.

 

Avant les play-offs, le coach Bakhar aura pas mal de boulons à resserrer en urgence, à commencer par une défense apocalyptique, dans laquelle les talentueux brésiliens pénétraient, vague après vague, comme dans du sable fin. Lorsqu’il aura remis les deux bosses des Chameaux à leur place, il pourrait même leur apprendre à tirer les coups de coin : ses protégés s’en sont ménagés six (contre cinq à Ludogorets) sans jamais mettre la défense adverse le moins du monde en danger. Même que c’est sur une contre-attaque rondement menée que les hôtes ont inscrit leur première réussite, alors que presque tous les joueurs du désert s’étaient aventurés dans les seize mètres adverses en espérant reprendre le corner.

 

Encore un mot sur les adversaires : ils ont présenté un jeu festif, typiquement à la brésilienne, terriblement rapide et à la technique consommée. Mais l’oligarche bulgare les ayant principalement recrutés dans la forêt amazonienne (ce n’est pas une blague), ils sont râblés, pour ne pas dire franchement petits, ils manquent de masse physique et surtout d’élévation sur les balles aériennes, ce qui a beaucoup aidé les Israéliens.

 

Et pour terminer sur une note positive, disons qu’il a fallu, outre la chance, beaucoup de caractère aux hommes de Barak Bakhar qui n’en sont pas avares pour obtenir ce résultat. Il est vrai que la fortune sourit le plus souvent à ceux qui la méritent, et Hapoël Beersheva reste une très belle équipe de football, un joli collectif. C’est aussi le fait des grandes équipes que de gagner lorsqu’elles jouent très mal. Mais que la frousse qu’ils ont eue leur serve d’avertissement, parce qu’ils ont tremblé. Et nous avec eux.

 

Pour la suite, Bakhar pourra enfin compter sur ses deux renforts étrangers, l’avant tchèque Tomas Pekhart et l’ailier espagnol, ex-Barcelone, Isaac Cuenca. Ca devrait mettre du beurre dans les épinards des joueurs du Néguev, même s’ils n’auront certainement pas encore atteint leur plein rendement. Ce qui déjà est acquis, après cette virée hitchcockienne en Bulgarie, est que nous allons passer l’hiver prochain en Europe. Reste à savoir si ce sera au premier ou au second niveau. Réponse le 15 ou 16 août pour le match aller des play-offs, et le 22 ou le 23 août à l’issue de la revanche. Je vous raconterai !

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *